mercredi 28 décembre 2011

Il faut que les mots sortent


Il faut que les mots sortent.
Michel est décédé il y a presque 6 mois. J’ai perdu mon beau-père là ou d’autres ont perdu un mari, un père, un grand-père.
Je me souviens.
Je me souviens du message que mon mari m’a laissé sur mon portable un mardi après-midi. J’étais en classe, ça sentait bon la fin de l’année scolaire, il faisait beau. Il devait être 15 h 30, 16 heures. J’avais peu d’élèves. Nous devions sortir ce soir-là entre collègues. Le message disait que Michel avait fait un malaise, suivi d’une chute, qu’il s’était fracturé une jambe, qu’il avait une hémorragie cérébrale, qu’il était conscient. Je ne pourrais pas vous dire, l’effet de ces quelques mots. Je crois que j’ai su à ce moment-là que c’était grave malgré les mots qui se voulaient rassurants.
J’ai laissé mes élèves en surveillance, à une collègue. Je suis descendue au bureau. J’ai parlé avec Odile, ma directrice…j’ai versé mes premières larmes de peur. Je suis remontée. J’ai séché mes larmes, enfoui mes yeux rougis.  16 h 30 a sonné…j’ai annulé le repas du soir, pas simple de répéter les mêmes faits aux collègues. J’ai récupéré les enfants.
Il était prévu que mon mari ne rentre pas, qu’il reste avec sa mère. Entre temps, mon beau père avait été transféré à Créteil…il était tombé dans le coma. J’ai annoncé aux enfants que leur grand-père était malade, que c’était grave, que l’on attendait les résultats des examens.
J’ai annulé l’anniversaire de fiston prévu le lendemain.
J’ai dû planifier de retourner à l’école le lendemain matin, pour récupérer mes dernières affaires, j’ai dû prévenir ma mère que je lui confierais les enfants mercredi.
Le téléphone a sonné dans la soirée. Un message, des pleurs…pour dire qu’il n’y avait plus d’espoir que l’on attendait juste la fin, que l’hémorragie ne laissait plus de place pour la conscience.
Ce sentiment douloureux, d’être loin de l’homme que l’on aime alors qu’on aimerait être juste à côté.
Les souvenirs des jours suivants sont un peu confus. Je me souviens des coups de téléphone passés pour prévenir des amis de Michel et Elda, pour prévenir quelques-uns de nos amis aussi.
Je ne me souviens pas de mes « retrouvailles »avec mon cher et tendre…je pense que les larmes ont tout brouillé. Je pense que ma présence, que ma tendresse ne l'aidait pas à surmonter.
Je me souviens de l’après-midi passée à l’hôpital. Je me souviens de ce dernier contact avec Michel…il n’était déjà plus là…ce n’était déjà plus lui. Je me souviens d’autres détails, de petites choses.
Je me souviens de l’attente d’un coup de téléphone de l’hôpital. Je me souviens de Christian qui n’osait pas faire face à ses enfants de peur de craquer devant eux. Je me souviens de la seule personne qui m’ait demandé comment j’allais, je me souviens de la décision qu’ils ont prise le lendemain après-midi une fois la mort cérébrale annoncée. Je me souviens que nous nous sommes dits que nous garderions secret ce choix du don d’organes vis-à-vis des enfants. J’avais ce besoin, de leur dire le soir, en rentrant que leur grand-père était mort et pas qu’il était encore maintenu en vie quelques heures… j’avais besoin de savoir que c’était fini.
Les jours qui ont suivi, se mélangent entre les allers retours, les démarches qu’ils ont eu à effectuer, les enfants à récupérer à la sortie de l’école, les derniers jours de classe que je n’ai pas fait.
De l’enterrement, je garde cette peur, cette crainte de ne pas arriver à faire face. Cette volonté déjà de ne pas craquer, d’être forte pour les autres, parce que non, je n’avais, dans ma tête pas le droit de craquer. Parce que moi, je n’avais pas perdu mon père, mon mari ou grand-père. Alors, je devais faire face. Quand Florence, ma nièce a craqué à la lecture du premier texte, j’ai su qu’il fallait que je me lève, que je prenne le micro, que je la remplace  le temps qu’elle reprenne ses esprits, que si personne ne prenait sa place, alors les larmes envahiraient tout. Je me suis levée sans presque réfléchir, rejoint par Fabien mon beau-frère. J’ai entendu ma voix lire les premiers mots. Elle me paraissait claire, limpide, comme si elle sortait de moi sans que je sois vraiment là. J’ai su à cet instant précis que je ferais face.
Du cimetière, je garde un bruit…le bruit de la rose qui tombe sur le cercueil. De cette impression que mes jambes ne me tiendront pas, cette impression de vertige. Je me souviens des gestes de réconfort de Fabien. Je me souviens que j'aurais aimé trouver des bras, des bras plus forts que moi qui me serrent et où je puisse tout évacuer.
Lors des jours qui ont suivi, des mois qui ont suivis, je sais que je me suis répétée la même chose. Etre là, être forte, être le pilier.
J’ai eu besoin de cette coupure de trois semaines, loin de tout cela. De ce moment d’égoïsme, que je percevais comme la seule façon de reprendre des forces et puis  j’avais besoin de regarder devant, de rire, de sourire comme si de rien n’était, presque d’oublier en somme. Je suis partie 3 semaines dans le sud avec ma fille, à côté de chez ma sœur. J’ai retissé des liens avec elle. J’ai souri, j’ai ri, j’ai passé de si bons moments auprès d’elle, de sa famille et de ma grand-mère.
Jusqu’à cette fameuse soirée où j’ai téléphoné sans relâche à ma grand-mère. Jusqu’à cette fameuse soirée où les pompiers sont venus défoncer la porte. Je me souviens que ma fille était là. Que je ne voulais pas lui laisser percevoir mes angoisses. J’ai été soulagée qu’elle parte avec Jean-Marc.
Je me rappelle de l’arrivée des pompiers, je me rappelle de celui qui m’a dit : « Ne restez pas là madame. »
Je me souviens, de l’odeur, de ce premier regard vers elle. Je me souviens de l’errance dans le salon en attendant que les pompiers l’évacuent. Je me souviens du camion que nous avons suivi avec ma sœur dans la nuit. Je me souviens de son arrêt sur un rond-point, de tout ce que nous avons pensé à ce moment-là : ce n’était pas bon signe. Quand nous sommes arrivées à l’hôpital, nous nous attendions presque à ce qu’ils nous disent qu’ils avaient fait leur maximum…
Non, ils l’ont emmenée. Nous avons attendu. Je me souviens du bruit de sa respiration. Je me souviens de l’attente dans les couloirs, de ce patient plus qu’impatient qui râlait parce qu’il avait mal à la jambe et que personne n’était là pour lui. De cette envie de lui dire de fermer sa tronche une bonne fois pour toute et de penser aux autres.
Je me souviens du premier médecin que nous avons vu. De son pessimisme de circonstance, de ses premiers mots, de ses premières questions pas très claires.
Je me souviens de tellement de choses que j’ai déjà racontées ici.
Il me reste un souvenir frappant, plutôt un ressenti. Ma sœur était là. Nous partagions notre douleur. Mais il me manquait quelqu’un à qui parler. Il me manquait à cet instant, des bras, pour me dire que tout allait s’arranger que tout irait mieux.
J’ai pleuré. J’ai été soulagé et meurtrie. J’ai encore pleuré. La mort n’est pas venue. On pourrait croire que cela suffirait à effacer tous ces souvenirs d’un seul coup. Mais non.
J’ai eu pendant ces quelques jours de douleur un besoin impérieux de parler, d’écrire à défaut de dire.
Je parlais au téléphone avec mon mari, je racontais ici, j’envoyais des mails…je vidais quelques pierres de mon sac.
Mais le soir, seule dans la chambre que je partageais avec ma fille, je pleurais tout ce qu’il pouvait me rester à pleurer en silence pour toujours faire face.
Lorsque mon père est revenu de Sardaigne avec mon fils, j’aurais aimé pouvoir lui parler. Mais vu les relations qu’il entretenait avec ma grand-mère, j’ai juste trouvé porte close. Ces événements sont restés comme un secret enfoui. On peut dire que sa grand-mère a eu un accident, qu’elle a été hospitalisée, mais pas qu’elle s’est suicidée. C’est juste politiquement incorrect. Si je lui avais dit, il aurait, je le sais, trouvé une phrase désagréable qui m’aurait fait encore plus souffrir. Quelque chose du genre : telle mère telle fille. Alors j’ai gardé pour moi, une fois de plus.
J’aurais aimé aussi que ma mère arrive plus tôt. Qu’elle soit auprès de nous dans les moments les plus difficiles. Mais non … J’ai eu cette impression de voir une réalité qu’elle ne voyait pas.
Et je suis revenue chez moi. Et je n’ai plus parlé de ces moments même si je n’arrive pas à les évacuer.
Je crois que je n’en parle pas parce qu’elle est toujours de ce monde. Elle, elle est encore là. Alors tous ces pleurs, tout ce qui me reste, ça n’a aucun sens. C’est un peu comme si je m’interdisais d’en dire plus car je ne peux que m’estimer heureuse de cette fin.
Alors je me tais. Une fois de plus.
Je reviens sur les mots que je viens d’écrire quelques lignes plus haut. Je ne peux pas  en dire plus. J’ai déjà tout dit, tout écrit… mais c’est toujours là. Je n’arrive pas à m’arracher ses mots de ma tête. Son aveu tourne en rond.
J’aurais voulu les premières heures qu’elle soit morte. Je me souviens même de l’avoir écrit. J’aurais voulu qu’elle arrive à ses fins, qu’elle soit enfin soulagée. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’était pas la meilleure solution. Je crois qu’elle va mieux. Mais tout cela n’est peut-être qu’une illusion. Je croyais aussi qu’elle allait bien. La veille de son suicide nous avions passé une agréable soirée tous ensemble… Elle savait qu’elle passerait à l’acte. Peut-être pas ce jour-là précisément,  mais elle savait qu’elle le ferait.
Tous ces mots alignés, ces pages noircies, pourquoi ? Pour dire et redire ce que j’ai déjà dit. Pour m’octroyer le droit de pleurer. Pour que je puisse juste me dire, que oui, j’ai aussi le droit de lâcher prise.
J’ai écrit une note, il y a quelques jours pour dire que mes larmes avaient coulé en silence le soir dans mon lit. Je l’ai écrite. Je ne l’ai pas publiée. Je ne voulais que mon mari la lise, qu’il devine ma  tristesse. Les fêtes ne sont pas les moments les plus faciles ni pour lui, ni pour les autres membres de sa famille. Je ne pouvais pas avouer ma faiblesse.
Pourtant, j’ai senti hier qu’il fallait que ça sorte. Nous avons pleuré de concert…l’un plus que l’autre. Je me sens à fleur de peau. Comme un vase dont l’eau affleure et qui risque de se renverser à tout instant.
Je tiens mon cap, mais je lâche un peu…doucement mais sûrement.
Je souris, je ris parce que je sais aussi que la vie continue et qu’il faut aller de l’avant. Que Michel n’aurait pas aimé ce qu’il voit en ce moment, qu’il ne voudrait pas ça. Moi, j’arrive à me souvenir des belles choses sans pleurer. J’y arrive parce que le manque que je ressens n’est pas le même que celui des autres. 
Mon mari ne veut pas fêter la nouvelle année. Moi je voudrais tellement tirer un trait sur ces 6 derniers mois, clore cette putain d’année 2011, aller de l’avant.
Oublier est un vain mot. On n’oublie rien. On se souviendra encore dans 1 an, dans 2 ans, dans 10 ans…c’est juste que le manque ne sera plus le même, que la souffrance se sera estompée. 

lundi 26 décembre 2011

Larmes du soir


Hier des larmes silencieuses ont coulé le long de mes joues.  Je crois que j’aurais pu éclater en sanglots. Il aurait suffi de peu. De bras ouverts et je laissais tout sortir.
Je ne suis pas allée vers les bras. J’ai laissé couler mes larmes en silence.
J’ai fait ce que je fais de mieux. J’ai gardé pour moi, en moi. J’ai enfoui une nouvelle fois au fond de mon corps. 
J'ai compris pourquoi je taisais certaines larmes...pour ne pas faire plus de mal avec ma tristesse.
Je vais passer pour une insensible ou une fille forte...
Je ne suis pas si forte que cela en fait.
Je sais que mon corps me reproche ce que je garde...il l'exprime à sa manière.

vendredi 23 décembre 2011

Histoire de portes


Je croyais avoir fermé les portes. Une par une. 
Je pensais avancer droit devant sans me retourner. Droite comme un i, souple comme le roseau qui plie mais ne rompt pas.
C'est tout à fait ça : je plie, mais ne romps pas.
Parfois, un petit courant d'air s'insinue et les portes closes s'ouvrent. Il ne sert à rien de faire demi tour et de les refermer, on sait pertinement que c'est impossible. Elles claqueront toutes seules pour mieux se rouvrir une autre fois.
Elles s'ouvrent quand je suis seule, devant un film, un souvenir, une allusion...Je les referme délicatement.
Il y a une porte que je suis prête à rouvrir car les souvenirs qu'elle cache, feront du bien un jour ou l'autre et que je me sais moins fragile que d'autres face à l' absence qui l'accompagne.
Il a une porte qui renferme des mots, des pleurs, des souvenirs difficiles. Des mots douloureux qui obligent à faire face à une réalité que l'on voudrait ignorer. Ceux là m'ont fait bien plus de mal que je ne le pensais. Cette porte j'ai encore beaucoup de mal avec elle. Les événements qu'elles cachent sont bien moins définitifs que ceux de l'autre porte, mais elle fait remonter bien trop de sentiments. 
Rien n'est jamais simple.
On a tous nos portes dans nos vies.

mardi 20 décembre 2011

Ecrire ou parler


J'ai plus besoin d'écrire pour évacuer que de parler.
Je ne sais pas pourquoi. Ce n'est pas une excuse, c'est un fait, une réalité. Les mots sortent plus facilement sur papier qu'à l'oral. Là,  je prends le temps, je décortique... J'ai toujours cette impression que les mots perdent de leur sens à l'oral, qu'ils ont plus d'impact à l'écrit.
A l'écrit, on corrige la phrase maladroite que l'on vient d'écrire. A l'oral, une fois les mots sortis, il est inutile de les rattraper au vol.
Tout cela pour dire, que si j'écris ici ce n'est pas parce que je n'ai personne à qui parler. C'est juste que cela me fait du bien.
C'est comme enlever une écharde d'un doigt. 
En même temps si l’on y  réfléchit les mots écrits restent. Ils sont là avec leur côté définitif. Est-ce mieux ? Pour moi oui. 

lundi 7 novembre 2011

Histoire de soeur


Petit texte écrit dans le train du retour il y a une semaine de cela, au sujet de mes dernières vacances dans le sud.
J’ai aimé ces moments, tout comme j’avais aimé les trois semaines estivales : impression d’avoir retrouvé une certaine complicité avec ma sœur.
Nous avons longtemps été très proches, très loin de l’image de certaines de nos amies qui ne cessaient de se disputer entre sœurs. Un an d’écart  cela a certainement contribué à renforcer nos liens. Nous n’avions pas forcément les mêmes amis, les mêmes sorties, ni même les mêmes rythmes de vie aux premières heures de notre jeune vie d’adulte. Nous nous sommes soutenions, lorsque nos parents s’engueulaient, nous nous sommes soutenues cet été lorsque nous avons craint le pire.
Notre proximité  s’est un peu évanouie, lorsque plus de 800 kilomètres nous ont séparé. Elle venait d’avoir son petit Florian.
Nous avons pris le TGV une dernière fois ensemble, avec tous nos marmots…et puis je l’ai repris seule avec mes deux lardons, la laissant à cette nouvelle dans le sud, à laquelle elle s’est vite habituée (elle prend même l’accent dans certaines circonstances, sans compter certaines expressions qui me laissent encore perplexe). Elle a fait sa vie, loin de nous. C’est étrange comme je me souviens encore de cet au revoir sur ce quai de gare. Il n’avait rien de définitif, mais il scellait une partie de notre histoire de sœurettes.
La distance, le temps, le manque de coup de fil, l’absence ont fini par un peu effilocher nos liens. A chacune nos vies différentes en un sens.  Cela ne s’est pas fait en un jour, en un mois…plutôt en quelques années. J’ai eu comme l’impression de ne pas voir grandir ses enfants.  Mais j’ai eu temps de plaisir à les retrouver pendant cette semaine. Hier j’avais Mathilde sur mes genoux, tel un koala collé à sa mère, alors que nous nous balancions sur la balançoire au rythme de la chaîne qui grinçait.  Flo, plus grand, est forcément un peu plus « distant » que sa frangine miss câlin.  Et puis il avait tant à faire avec son cousin !
Cet été, nous avons pris le temps de nous retrouver, de discuter de choses et d’autres. C’est comme si j’avais retrouvé ma soeurette. On a pleuré de tristesse ensemble et de joie.
Le train m’éloigne. Je sais que le téléphone ne sonnera pas plus, que les mails, ne se bousculeront pas dans ma boîte.
Mais qu’importe, on repartira comme en l’an 40 lors de nos prochaines retrouvailles.
A quand d’ailleurs, la prochaine escale ? Noël semble compromis,  et lors des prochaines vacances nous n’avons aucun jour en commun. Reste cet été… c’est proche et loin à la fois.
 Photo
  

vendredi 14 octobre 2011

Tourner la page


Tourner la page.
C'est bête comme chou, cette expression. Comme si il suffisait de se dire : allez, on tourne la page, pour empêcher nos pensées de vaquer.
On fait un pas, puis deux...on regarde droit devant soi et puis inéxorablement on se retourne, on regarde en arrière...on feuillete le livre dans l'autre sens et on retourne la page.
On croit pouvoir oublier, mais il n'en est rien. L'amnésie n'est pas encore là. Et j'espère qu'elle ne sera jamais là.


mardi 20 septembre 2011

Egoïsme


J'avais écrit ce qui suit alors que j'étais en vacances sans le sud...juste quelques jours avant que ma grand-mère ne tente de mettre fin à ses jours (noter comme je n'aime pas le mot : se suicider).
J'avais prévu de poster cette note. Et puis sont arrivés les énénements que vous savez, alors elle est restée en mode brouillon...à dormir.
Je ne sais pas pourquoi je la ressors ce soir. Peut-être qu'elle est juste là comme un prétexte, pour que moi aussi je sois là en train d'écrire, d'expliquer.
Je vous laisse la lire.

J'ai savouré ces trois semaines de détente avec un grand bonheur, comme on prend une bouffée d'air pur, pour se requinquer et pour oublier.
Oublier ce mois de juin, trop triste, trop difficile.
On n'oublie pas, je l'ai déjà dit. Mais partir loin de ceux qui souffrent le plus, aura été salutaire pour moi.
Je sais que ces propos sont juste très égoïstes. Je le sais. Je l'avoue. J'avais besoin de ce temps pour moi. 
Peut-être parce que jouer le rôle du bon petit soldat demande aussi des efforts, des forces, de la retenue et une capacité à garder pour soi (ce que je sais très bien faire). 
Je ne me cherche pas d'excuses.
C'est ainsi.
Je me suis offert une ou deux parenthèses...j'en ai fermé aussi.
Je vais retourner dans ma réalité. Plus forte ? Je ne sais pas. Détendue et sereine, c'est sûre.
L'égoïsme n'est pas ce qui me caractérise le plus en temps ordinaire. J'ai parfois l'impression que c'est moi que je mets entre parenthèses le plus souvent. Peut-être que tous les parents ressentent cela. Peut-être que toutes les femmes le ressentent.
On m'a demandé d'être forte. Je l'ai été, je crois. Alors pourquoi n'aurais-je pas droit moi aussi à mon petit moment ?
Je sais que d'autres n'auront pas eu cette chance de pouvoir faire un break, de s'évader un peu...
Je ne veux pas me sentir mal, juste parce que j'ai profité un peu... je veux accepter cet égoïsme. Personne n'est parfait. Moi, pas plus que les autres.

Je me sentais bien lorsque j'ai écrit ces lignes. Vraiment détendue et sereine.
Après tout a volé en éclats. Aujourd'hui, je suis retombée sur mes pieds...comme j'étais certaine de pouvoir le faire. Alors peut-être que je suis vraiment égoïste comme fille. A moins que je n'ai une capacité à occulter, à oublier...non, c'est faux, je n'oublie pas. A faire comme si, alors ? 
Parfois j'ai peur qu'un jour tout ce que je garde, ne m'explose à la figure. Un peu comme une bombe à retardement.

dimanche 28 août 2011

Entre deux clichés


La vie n'est pas un long fleuve tranquille., mais je veux penser que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. (deux phrases clichés en une)
Je suis rentrée chez moi ... pas sans regret et sans inquiétude. Ma mère a pris le relais. 
Ma grand-mère devrait sortir demain, avec une assitance respiratoire. Je trouve ça tellement rapide, ce retour... ça m'inquiète un peu. J'espère qu'elle reprendra des forces. Je sais que ma mère sera à ses côtés.
Mais après ? Que va-t-il se passer après ? 

J'ai pris sur moi. J'ai encaissé. Avec le recul, je me rends compte, que non, nous ne sommes pas arrivées trop tôt. C'est toujours du temps en plus pour s'aimer. Oui, mais je suis bien loin d'elle néanmoins. 
Je n'arrive pas encore à voir l'avenir sereinement. 
Il faut laisser le temps faire son oeuvre. (Dernière phrase cliché pour cette note décousue)

mardi 23 août 2011

Grand-mère


Ma grand-mère est à l'hôpital depuis ma dernière note. Le téléphone a sonné en vain et pour cause elle était plongée dans un profond état d'inconscience. Les pompiers sont rentrés les premiers. Elle respirait encore, mais ses poumons étaient obstrués par les vomissures qu'elle avait inhalées.
Aux urgences, ils lui ont fait un scan cérébral pour voir si un AVC avait pu provoquer cette perte brutale de conscience. Rien n'a été détecté. Le medecin qui nous a reçues nous a expliqué qu'elle était dans le coma et que ses poumons étaient en mauvais état. Il nous a posé des questions pas très franches, pas très claires pour tenter de comprendre sa perte de conscience : prenait-elle des médicaments, était-elle dépressive ? Il n'a pas été encourageant pour la suite.
Et nous, avec ma soeur, la seule qui question qui nous taraudait était de savoir depuis quand elle était dans cet état...cela datait -il de quelques heures avant notre arrivée, du matin ou même de la veille au soir. Une seule question et des reproches qui fusent dans ma tête : et si nous étions arrivées plus tôt, et si je l'avais appelé dans la journée et si...cette sensation d'être arrivée trop tard, de ne pas avoir su être là avant.
Et en fond, insidieuse, une autre question : avait-elle pris trop de cachets, ne trouvant pas le sommeil ? Car tout indiquait que cela c'était produit la veille au soir. Alors au matin, avant d'aller à l'hôpital nous sommes passées chez elle. Sur son chevet la boite de somnifères, avec un seul cachet à l'intérieur. Mais comment savoir puisque nous ne savions pas combien il en restait. Le nom du médicament aurait-déjà dû nous mettre la puce à l'oreille, mais peut-être n'étions nous pas encore prêtes à le voir.
Le medecin de la veille avait été pessimiste sur son état, mais c'est réveillée que nous l'avons retrouvée. Elle nous a reconnu et ne semblait avoir rien perdu de ses facultés. Il lui était juste pas possible de nous parler à cause du masque à oxygène. Déjà ses poumons faisaient moins de bruit à la respiration. Nous n'étions peut-être pas arrivées trop tard alors ...  Les larmes ont encore coulé mais de soulagement, cette fois.
Dans l'après-midi, elle a enfin retrouvé la parole. Et les mots qu'elle a alors prononcés, jamais je ne les oublierai...jamais. Elle s'est d'abord excusée d'être là, de nous déranger.
"Ce n'est pas grave Mamie, on ne choisit pas d'être malade".
"Si, j'ai choisi".
Et elle nous a tout raconté. Et chaque mot qui sortait de sa bouche nous faisait mal, si mal...et nos larmes qui coulaient à toutes les trois dans cette chambre d'hôpital.
Elle a pris 1 cachet, puis 2, puis 3...puis 28...il n'en restait plus qu'un dans la boîte. Elle a fait ça pour en finir, pour mourrir pour oublier sa solitude, pour ne plus vivre sans y voir, devenant de plus en plus aveugle...
On a tout écouté, tout entendu...et là tout a fait lien. On comprend tout le cheminement, on refait le trajet à l'envers.
On voit ce que l'on n'avait pas vu, ou ce qu'on n'avait pas voulu voir. On se souvient qu'elle avait dit, qu'elle allait arrêter de prendre ses cachets ... on se souvient que son medecin, vu en début de semaine, ne lui a pas prescrit les mêmes cachets pour dormir...cachets retirés du marché parce que des gens se suicidaient avec lui at-elle dit. Mais voilà, elle, il lui en restait une boîte de ces fichus cachets ! La solution était là, sous son nez, donnée par un professionnel de la santé...pourquoi chercher plus loin. Pourquoi ne pas s'éteindre tout doucement après tout, après 86 ans de vie.
 Et moi à travers mes larmes, à travers ce désespoir de ma grand-mère, cette souffrance exprimée, je n'ai pu m'empêcher de penser, que non, nous n'étions pas arrivées trop tard, mais trop tôt ... C'est peut-être affreux, mais c'est ce que je me suis dit. Aujourd'hui, je ne sais plus quoi penser. J'avais besoin de lui parler, j'avais besoin de la voir sortir de son coma , de comprendre ce qui c'était passé ... maintenant que je sais, je me dis que peut-être la nature, va l'aider à partir tranquillement. Je ne sais pas si c'est bien, si c'est mal, de penser ainsi ...mais cette souffrance qu'elle exprime me fait si mal. Elle était prête à partir, je suis prête à la voir partir, même si je l'aime de tout mon coeur et de toutes mes forces.
Hier, elle avait de la fièvre. les infirmières ne savaient pas trop pourquoi. Nous avons discuté de choses et d'autres, sans revenir sur les aveux de la veille.
Je l'ai trouvée si fragile.
Je retournerai m'asseoir à ses côtés aujourd'hui. 

mercredi 1 juin 2011

Histoire de père et de fils


J'ai écrit ces phrases en 2005 : le fiston allait sur ses 5 ans, le papa vers les 34...

6 ans après rien n'a vraiment changé. J'ai fait une note en mode brouillon, pas exactement semblable à celle-ci mais presque. Et ce n'est qu'après que je me suis souvenue d'avoir déjà écrit sur le sujet. 


Je ne suis pas la mieux placée pour en parler. Je peux juste apporter un regard extérieur sur une relation qui n’est de toute évidence pas facile.
C’est une relation qui a débuté avec du recul. Comme on entre dans une pièce sombre sans savoir à quoi s’attendre. Des joies, des inquiétudes, de la nouveauté, des peurs.
Les premiers mois à la maison, les premiers mois où il a été père, ont été difficiles. Le petit pleurait beaucoup, souvent…le rythme changeait …le papa n’était peut-être pas préparé à vivre cela.
Puis le temps a aplani la situation , l’enfant a grandi, a sourit à son père,a ri aux éclats lorsqu’il était lancé en l’air, a   prononcé les deux syllabes chéries, a tendu les main pour que les bras protecteurs de son père l’aide à faire ses premiers pas…
Et l’enfant a encore grandi. Affirmant un caractère têtu. Que de" non"  il aura prononcé jusqu’à ces deux ans et demi. Pas toujours facile d’être le père d’un enfant aussi borné. Pas facile les relations entre deux caractères qui ne concèdent rien.
Le temps a balayé cette période. L’enfant s’est collé aux jupes de sa mère. Le papa reproche à la maman d’être d’ailleurs trop protectrice envers l’enfant et de tout céder. Qui compense les excès de l’autre ? Vaste question.
Une petite sœur est arrivée. Le père était plus préparé. Le premier contact fut plus facile. Les premiers mois plus détendus. Les relations étaient différentes entre ces deux là. Peut-être des comparaisons.
Et puis des mots d’enfants qui fâchent ; je veux maman, va-t-en…que l’on n’arrive pas à prendre avec du recul, qui doivent faire mal, mais qui sortent de la bouche d’un enfant, et que le fils oublie aussitôt, pour aller chercher le père, pour jouer aux jeu de garçon, pour être chatouiller et balancer sur un fauteuil, pour partager des rires. Mais le papa est parfois fatigué, parfois blessé par les propos de son fils. Et le conflit s’installe et les deux boudent.
Et ce papa, malgré et peut-être à cause de l’amour qu’il porte à son fils, et parce qu’il est l’aîné, exige, exige beaucoup.
Et faire compter jusqu’à dix le fiston devient une épreuve de force.
Alors la faute est rejetée sur la mère. Et la mère a ses torts aussi. Personne n’apprend à devenir parent et à être parfait. L’enfant ne naît pas en connaissant tous les codes.
Etre enfant n’est pas facile. Etre père non plus, être mère pas plus. Tout n’est qu’apprentissage.
Il y a des mots qui font mal, qui pourraient faire plus de mal encore si ils persistaient. Il y a des mots qui me choquent. Il y a cette difficulté à accepter l’échec, cette volonté que le fils soit parfait. Mais le fils n’est qu’un enfant…que sa mère excuse dirait certain.
L’équilibre parfait n’existe pas. Nous glissons tous d’un côté ou de l’autre. On tente de se raccrocher aux branches. On tente, on tente…Rien n’est gagné.
J’avais ce besoin d’écrire, de mettre en avant cette relation difficile. Je n’accuse pas, je ne juge pas, je relate. Et si je devais accuser, je serais également sur le banc.

Un jour j’écrirai certainement sur les difficultés d’une relation mère fille…le plus tard possible.

vendredi 29 avril 2011

De fil en aiguille


Je sais bien pourquoi cette quête de renouer avec le passé me titille. Je sais que c'est parce que je vois le temps passer et que c'est dans ma petite tête le seul moyen de rester un peu dans cette jeunesse.
Je ne me sens pas vieille, mais c'est vrai que j'ai l'impression que le temps file trop vite.
Je me regarde dans la glace et j'ai toujours l'impression de voir une ado...comme si je n'avais pas changé. Quelques boutons d'acné qui persitent à certaines périodes du mois (merci les hormones), quelques cheveux blancs qui s'installent (m'en fiche si j'enlève mes lunettes je ne peux pas les voir). Mon corps, oui, il a changé...forcément.
Ma vie est belle, mais il y a toujours un moment où l'on se demande si l'on ne passe pas à côté de quelque chose...toujours tête baissée : métro boulot dodo. Mais l'on se rassure en ouvrant les yeux sur ceux qui nous entourent. Et l'on se dit que l'on a la chance d'avoir une belle et douce vie.
Mais il n'empêche, on regarde toujours un peu en arrière. 
Je n'ai pas de regrets, pas de si" j'avais su...j'aurais pas venu". C'est déjà beaucoup quand on y pense.
Je ne sais plus trop où je voulais en venir en écrivant cette note...j'ai perdu le fil conducteur...pas bonne en rédac !